La construction de bâtiments est l’un des plus gros émetteurs de CO2 au monde. Afin de réduire l’impact environnemental de cette industrie, la France a mis en place une réglementation écologique désignée par « RE2020 ». En vigueur depuis le 1erjanvier 2022, cette démarche pionnière et ambitieuse prévoit notamment une utilisation accrue du bois. Ce matériau est reconnu pour sa capacité à minimiser la consommation d’énergie et d’émission de CO2 de la conception d’un bâtiment à sa démolition.

Une réglementation pour contribuer à l’atteinte des objectifs climatiques

Alors que la France vise la neutralité carbone d’ici 2050, la construction de bâtiments neufs émet plus de 123 millions de tonnes de C02 par an, soit un quart des émissions totales et près de 44 % de l’énergie consommée. En conséquence, l’Exécutif considère la filière comme un levier incontournable de la stratégie nationale de transition énergétique et de lutte contre le réchauffement climatique.

C’est dans cet esprit qu’a été élaborée la réglementation RE2020 : « transformer la manière de construire » afin de faire baisser l’impact carbone du neuf de 30 % au minimum en 10 ans. Applicable depuis le 1erjanvier 2022 pour les bâtiments résidentiels et certains établissements recevant du public, la RE2020 devrait être étendue au reste du secteur en 2023 après publication des décrets correspondants.

Si le gouvernement recommande la généralisation progressive des changements afin de laisser aux professionnels le temps de s’adapter, la politique dans ce domaine est définitivement fixée. À l’échelle européenne aussi, la tendance est à la mise en place d’une réglementation du carbone incorporé dans les bâtiments. Cette évolution aura indéniablement un impact positif sur les produits de construction en bois.

Une approche innovante incluant les émissions dites incorporées

Désormais, c’est tout le cycle de vie du bâtiment qui est considéré pour l’analyse dynamique de la consommation énergétique et des quantités de dioxyde de carbone émises. De la fabrication de matériaux (particulièrement l’acier et le ciment) en passant par la conception des bâtiments jusqu’à leur déconstruction, toutes les émissions sont prises en compte, sans pondération.

La nouvelle norme définit ainsi des valeurs maximales de carbone incorporé, applicables depuis le 1er janvier dernier. Ces limites diminueront en 2025, 2028 et 2031 afin d’assurer la décarbonation de la construction.

En outre, la RE2020 doit favoriser la multiplication de bâtiments à la fois bas carbone, moins onéreux et plus confortables pour les habitants.Sur ce dernier critère, les nouveaux bâtiments doivent être plus résistants aux fortes chaleurs, sachant que les épisodes caniculaires augmentent en fréquence et en intensité.

Essor des matériaux « propres », notamment le bois

Dès cette année, outre le segment de l’habitation, la composition des nouveaux bâtiments publics doit inclure un minimum de 50 % de matériaux durables tels que le bois. Cette obligation s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de développement urbain durable.

Ainsi, la RE2020 encourage vivement le recours à des modes constructifs peu polluants, qui mixent les matériaux. Cela passe par l’utilisation de matériaux aux faibles émissions et qui stockent le CO2 pour la structure, le bardage, l’isolation, les menuiseries, les aménagements intérieurs et extérieurs, etc. C’est le cas du lin, de la paille, du chanvre, mais également du bois, matériaux biosourcés qui affichent un bilan CO2 négatif.

Le bois, en particulier, a un rôle essentiel à jouer. Ses atouts sont multiples :

  • En remplacement du béton, il ferait baisser d’environ 50 % la quantité de gaz à effet de serre émise pour le gros œuvre. Par ailleurs, le bois provenant de forêts gérées durablement permet de créer un puits de carbone, 1 m3 de bois massif CLT ayant une capacité de stockage de carbone de 460 kg, contre 471 kg de CO2 rejetés dans l’atmosphère par 1 m3 de béton.
  • Il rend les métiers du bâtiment plus attractifs (moins de ports de charge) et facilite la montée en compétences des ouvriers sur les chantiers.
  • Il offre un meilleur confort thermique aux habitants grâce à ses qualités isolantes (pas d’absorption des calories ou frigories d’une pièce), répondant aux exigences de confort d’été imposées par les autorités.
  • Il agit sur la santé et le bien-être des personnes, indiquent plusieurs études.

Afin de répondre à ces nouvelles attentes et l’augmentation de la demande, la filière a lancé un « Plan Ambition Bois Construction 2030 ». Celui-ci comporte 10 engagements sur les volets les plus importants : R&D, formation, croissance de l’emploi, développement de la production, soutien à l’économie des territoires, recyclage des bois en fin de vie.

Importance croissante de la décarbonation dans la déconstruction

Le raisonnement basé sur la totalité du cycle de vie des bâtiments crée également de nouveaux enjeux en phase de démolition. En effet, certains projets sont actuellement pénalisés par un faible score carbone et écartés, notamment en raison de problématiques de gestion des déchets après déconstruction.

Certes, l’éco-conception, notamment via l’utilisation de matériaux biosourcés et à faible teneur en carbone en amont, facilite la maîtrise des émissions en aval. Pour les autres matériaux, le recours aux produits recyclés permet de diminuer jusqu’à 70 % les émissions associées aux bâtiments.Cela implique, pour les acteurs de la filière, l’obligation de mettre en place une politique qui privilégie le recyclage et le réemploi des gravats.

Une attention particulière doit aussi être apportée aux fondations, structures et maçonneries, qui contiennent une grande quantité de béton, dont la contribution à l’empreinte carbone globale peut grimper jusqu’à 60 %. Raison pour laquelle, au-delà des efforts en phase de démolition, il est plus pertinent de maximiser le réemploi de l’existant, la réhabilitation / rénovation, même lourde, étant moins impactante en termes d’émissions qu’une reconstruction avec des équipements neufs.